Positionnement personnel

 

À la session d'hiver 1999, la troisième partie du cours Intervention pédagogique et gestion de classe (ENP-20005) portait sur l'implantation des nouvelles technologies dans les écoles. Afin de sensibiliser les étudiantes, elles devaient d'abord lire le livre La classe branchée. Ensuite, elle devaient résumer, comparer certains chapitres et élaborer sur les écrits de leurs collègues portant sur le livre, et ce, à l'intérieur de forums de discussion virtuels. On a demandé aux 273 étudiantes de se positionner face à la problématique de La classe branchée. C'est à partir des propos échangés sur ce thème que nous avons pu tracer un portrait global des réflexions des étudiantes face aux nouvelles technologies.

 

Incidences positives de l'intégration des NTIC en classe

La totalité des étudiantes ont reconnu diverses répercussions positives pour les élèves qui évoluent à l'intérieur d'une classe informatisée. Plusieurs d'entre elles ont mentionné que l'enthousiasme et l'intérêt suscités par l'utilisation des ordinateurs en classe avaient des effets très bénéfiques sur le rendement scolaire puisque les enfants avaient une plus grande motivation à apprendre. Elles ajoutent qu'en plus de construire ses connaissances, l'élève est plus actif intellectuellement et plus impliqué dans ses apprentissages. "Nous prônons l'approche constructiviste découlant de l'intégration de ces nouvelles technologies en classe. Les enfants, par un tel projet, ont la chance de s'impliquer directement dans la construction de leurs connaissances en faisant leurs propres découvertes."

Une autre incidence positive des classes informatisées soulignée par plusieurs étudiantes est la mise en oeuvre d'une nouvelle façon d'enseigner qui redéfinit les rôles de l'enseignant et de l'apprenant; l'autonomie des élèves dans la gestion de leurs apprentissages étant favorisée, l'enseignant se voit alors octroyé le rôle de guide. L'entraide, la collaboration, l'enseignement par les pairs et une approche différenciée sont alors possibles. Les étudiantes mentionnent que cette façon de percevoir l'apprentissage rejoint leurs convictions personnelles tout en engendrant une rupture avec les méthodes traditionnelles.


La pédagogie par projet : avec ou sans l'ordinateur?

On remarque que dans l'ensemble des messages, les étudiantes témoignent de leur vif intérêt pour la pédagogie par projet. Plusieurs mentionnent qu'elles auraient aimé avoir davantage d'exemples de projets qui ont été réalisés dans les classes. Elles préconisent toutes cette façon d'enseigner et élaborent sur ses bienfaits. Cependant, alors que certaines considèrent que la pédagogie par projet est grandement facilitée par l'avènement de la technologie en classe, d'autres pensent qu'il est également concevable de faire réaliser des projets aux élèves sans utiliser les ordinateurs. " Les principaux avantages me semblent aussi réalisables dans une classe ordinaire. Selon moi, un enseignant peut être un bon guide sans travailler dans une classe branchée. Il est également possible de faire vivre de nombreux projets concrets aux élèves (...) dans une classe ordinaire."

Dans le même ordre d'idée, bon nombre d'étudiantes ont souligné qu'il devait y avoir un certain dosage quant à l'utilisation des ordinateurs. Elles affirment qu'il est préférable de varier les approches pédagogiques. Deux étudiantes déclarent : "Nous croyons qu'il faut établir un équilibre entre ce moyen (l'ordinateur) et les autres. Pour nous, un bon enseignant est celui qui arrive à varier ses approches en ayant toujours en tête la théorie du constructivisme. Le travail coopératif et les projets existent au-delà de la technologie".


Et la gestion de la classe?

À la suite de la lecture de La classe branchée, quelques étudiantes soulignent que des interrogations demeurent quant à la gestion des élèves en difficultés. "Mes craintes sont au niveau de la gestion de la classe (...) Ayant travaillé au cours de mon stage avec des enfants en troubles d'apprentissage et avec un enfant en trouble de comportement, je me vois difficilement faire la gestion de ce nouvel élément d'apprentissage tout en faisant la gestion des comportements et attitudes dans ma classe." Par ailleurs, d'autres considèrent que l'autonomie acquise par les élèves laissent plus de temps à l'enseignante pour s'occuper des élèves en difficulté. De plus, les élèves faibles qui brillent souvent moins par des activités papier-crayon peuvent se faire valoir par leurs compétences en informatique. "Ce qui est merveilleux dans ce programme c'est que les élèves faibles se font connaître autrement par les enseignants et leurs compagnons, étant donné qu'ils ont également beaucoup à apporter au sein du groupe". Une autre ajoute : "En étant motivés, les élèves sont plus concentrés à la tâche demandée. Donc, il y a moins de problèmes de gestion de classe, moins de discipline à faire".


Les inquiétudes face aux NTIC

Des inquiétudes face à une utilisation excessive de l'ordinateur ont été mentionnées. Les étudiantes craignent qu'un usage abusif brime la créativité des enfants, qu'ils délaissent l'écriture et le dessin et que des problèmes de visions surviennent. Même au niveau des relations sociales, il y aurait des effets néfastes. "Ce propos est basé sur maintes constatations faites en classe de stage. En fait, nous avons remarqué que les enfants rejetés par leurs pairs sont ceux qui fréquentent le plus souvent leur "ami " électronique. Si nous nous acharnons à intégrer l'ordinateur à la vie quotidienne des enfants, nous nous retrouverons bien vite dans un monde encore plus individualiste et artificiel qu'il ne l'est aujourd'hui."

Que divers problèmes d'ordre technique surviennent fait partie des craintes qui freinent l'ardeur des étudiantes à s'engager dans des projets utilisants les nouvelles technologies. "Qu'arrive-t-il lorsqu'un bris survient ou bien qu'une mauvaise manipulation vient chambarder le cours de notre activité? Sommes-nous toujours qualifiés pour résoudre ces problèmes à tout le moins très techniques? NON! Cela est à notre avis un très gros obstacle à la manipulation des ordinateurs."


Les lacunes de la formation au BÉPEP

La majorité des étudiantes ont souligné qu'elles ne se sentaient pas compétentes à utiliser les nouvelles technologies dans leur future profession. Et dans presque la moitié des messages, elles admettent qu'elles auraient souhaité que leur formation puisse leur permettre d'être mieux outillées. "Notre formation ne nous prépare pas adéquatement à prendre ce virage pédagogique. Nous ne nous sentons pas compétentes pour le faire. L'information que nous recevons est fragmentée et reste en surface. Quels sont les bons logiciels faisant appel à la résolution de problèmes? Il serait souhaitable qu'on nous les présente et même que nous les utilisions. Comment prétendre vouloir innover et en vanter les mérites auprès de notre direction si nous ignorons l'existence des produits et leur fonctionnement?" Une autre étudiante ajoute : "Je considère que le programme universitaire dans lequel j'évolue, (...) boude le monde de l'informatique.(...) je trouve désolant que mon manque de formation -malgré un bacc. de quatre ans- me bloque face à des projets aussi emballants que celui-ci."


Pour remédier à la situation : l'importance du soutien

Dans environ un tiers des messages, les étudiantes expliquent qu'un soutien technique, affectif, financier et une formation adéquate sont des éléments essentiels à l'intégration des nouvelles technologies en classe. Celles qui suggèrent un soutien technique font référence à une personne ressource à l'école qui pourrait éclairer les enseignantes quant à la façon de gérer les embûches relatives aux NTIC. À défaut d'une personne ressource par école, former les enseignants semble primordial. Deux étudiantes soulignent que non seulement une formation est fondamentale mais qu'"il sera nécessaire pour les enseignants de participer à plusieurs séances de perfectionnement afin de se tenir à la fine pointe des nouveautés." Cependant, d'autres étudiantes nous replongent dans la réalité de la société québécoise : "La réalité scolaire nous remet vite les pieds sur terre. En effet, nous constatons que le budget attitré à l'éducation est beaucoup trop maigre pour subventionner un tel projet (classes branchées) dans plusieurs écoles du Québec. Les coupures fusent de toutes parts (...) " Une étudiante mentionne que le soutien affectif et la collaboration sont indispensables et que leur importance est encore plus grande que celle du soutien technique. "Je crois fortement que les attitudes et les sentiments des enseignants doivent être soutenus en priorité par leurs coéquipiers avant de régler les problèmes plus techniques. Il est plus logique et avantageux d'aborder d'abord les problèmes reliés à la " personne " plutôt que ceux associés à " l'ordinateur ". D'autres étudiantes mentionnent que non seulement l'entraide entre collègues est essentiel mais qu'il faut également avoir le soutien du ministère, de la direction et de la famille. Bref, la disponibilité des ressources semble inhérente à l'intégration des NTIC dans les écoles.


Les NTIC en classe : une ouverture au changement

Un élément qui revient dans environ le quart des messages est la nécessité de changer les mentalités afin de s'adapter aux besoins actuels de la société. Deux étudiantes écrivent que "l'éducation doit toujours s'adapter à la société pour former des individus fonctionnels dans la vie de tous les jours. C'est le rôle premier et fondamental de tout enseignement. Ainsi, voyant l'expansion accrue de l'informatique et des technologies dans toutes les sphères, l'éducation ne peut demeurer passive (...) nous croyons que nous devrons, en tant qu'enseignantes, être toujours à l'affût, c'est-à-dire avoir une ouverture d'esprit face aux choix que nous adoptons en tant que société (...) "

L'ensemble des étudiantes sont d'accord pour dire que l'on doit initier les enfants aux NTIC dès le primaire puisqu'ils auront à les utiliser dans les différents domaines de leur vie. "(...) c'est notre tâche voire même notre devoir de préparer et de former les enfants qui auront à vivre activement parmi ces multiples technologies." Cependant, les avis sont partagés quant à la façon d'intégrer les nouvelles technologies (graduellement, seulement au deuxième cycle, seulement pour des projets, à l'intérieur des classes ou dans un laboratoire, etc.)

Les changements doivent également se faire au niveau de la pédagogie : dispenser un enseignement axé davantage sur la découverte que sur l'apprentissage systématique des connaissances. "Ceci est d'ailleurs une découverte qu'ont su faire un bon nombre d'enseignants qui, avant l'arrivée des ordinateurs, traduisaient leur style d'enseignement par des exposés magistraux où l'implication des élèves apparaissait très faible. Les enseignants se voient donc eux aussi changés par une nouvelle vision de l'enseignement, ce qui à notre avis ne peut faire que du bien à une routine trop bien ancrée..." Une autre étudiante donne son point de vue pour soutenir l'évolution pédagogique : "Il faut, selon moi, contrer l'isolement des enseignants puisqu'il constitue le principal obstacle à la réforme de la pédagogie. La solution à ce problème est avant tout une question d'attitudes. Je crois que les enseignants devraient agir entre eux comme ils l'enseignent aux élèves : l'acceptation des idées des autres, l'ouverture d'esprit, l'accueil, la disponibilité, ... On favoriserait alors la création d'un véritable environnement coopératif où les enseignants pourraient dialoguer, s'observer les uns les autres et réfléchir sur leur pratique."