1. Ce qu'est le "homeschooling"




Ce qu'est le "homeschooling"

· Définition et caractéristiques de l'école à la maison
· Aspects légaux de l'éducation
· Situation au Québec et ailleurs
· Le profil de clientèle
· Les contraintes et limites
· Les avantages
· Qu'en est-il de la socialisation
· Les résultats scolaires
 
 

· Définition et caractéristiques de l'école à la maison

Landry (1996) définit l'école à la maison comme étant une "école située dans la résidence d'un citoyen qui a accepté, contre une certaine rémunération, de mettre à la disposition des élèves une partie de sa résidence personnelle pour y tenir des activités d'apprentissage". Cette école comporte une dizaine d'enfants, d'âges et de niveaux scolaires différents. C'est une école plus humaine parce que plus petite.

Everhart et Harper (1997) ajoutent que cela peut être une situation à court ou long terme dans laquelle les élèves sont scolarisés sur des sujets différents par leurs parents, amis, experts ou autres.

Lyman (1998) précise que les parents faisant de l'éducation à la maison considèrent que leur éducation, faite à l'aide de la communauté, est davantage significative et près de la culture générale que celle faite dans les écoles régulières. De plus, le choix peut être basé selon des convictions religieuses, pédagogiques ou développementales.
 
 

· Aspects légaux de l'éducation

L'énoncé de la Loi de l'Instruction Publique (décembre 1988) est très clair quant aux conditions de dispense pour la fréquentation de l'école.

"Est dispensé de l'obligation de fréquenter une école l'enfant qui :

4) - reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d'après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l'école."
Chapitre 1, Section 2, Obligation de Fréquentation Scolaire 15.


Nous ne pouvons nous limiter à cet énoncé. La Protection de la Jeunesse ajoute que
 

"38.1 La sécurité ou le développement d'un enfant peut être considéré comme compromise : b) s'il est d'âge scolaire et ne fréquente pas l'école ou s'en absente fréquemment sans raison ; c) si ses parents ne s'acquittent pas des obligations de soin, d'entretien et d'éducation qu'ils ont à l'égard de leur enfant. . . "
Chapitre 4, Sécurité ou Développement, Division 1 Sécurité ou Développement Compromis


Ce que nous devons comprendre de ces deux énoncés, c'est qu'il est permis, au Québec, de créer une école à domicile, dans les limites où la sécurité de l'enfant n'est pas compromise et que l'enfant est en mesure de prouver qu'il reçoit un enseignement de qualité afin d'égaler, au moins, les normes de l'école. Il suffit d'aviser la commission scolaire, au moment de l'inscription des élèves, que l'enfant recevra l'enseignement à la maison plutôt qu'à l'école.

En France, rien de plus simple que de créer une école à la maison. Il ne suffit que d'envoyer une lettre en début d'année scolaire précisant à l'académie son choix d'éduquer son enfant à la maison. La loi française tipule que l'éducation est obligatoire; toutefois, elle peut être dispensée dans une école publique ou privée, par un parent ou toute autre personne que le parent aura choisi (R. A. 1999).
 
 




· Situation au Québec et ailleurs

Selon Éric Lafontaine (1999), il est difficile de dire exactement le nombre d'enfants qui font l'école à la maison. Ses recherches au MEQ lui révèlent que 19 enfants de niveau primaire et 30 de niveau secondaire utiliseraient ce mode de fonctionnement. Toutefois, l'Association québécoise pour l'éducation à domicile affirme qu'il y aurait environ 2500 élèves (dont 1000 dans un programme fondé sur des valeurs chrétiennes).

Quant à la participation au niveau canadien, les chiffres sont encore confondus. Le Ministère de l'éducation affirme que 25 000 enfants profitent de l'école à la maison, alors que les organisations nationales parlent plus de 40 000 enfants.

Certes, quels que soient les nombres exacts, nous pouvons facilement observer que le phénomène est peu répandu au Québec. Selon les chiffres officiels, les élèves québécois représenteraient entre 0.1% et 10% des élèves canadiens fréquentant l'école à la maison.

R. A. relate qu'il y avait près de 1% des enfants américains qui étaient à la maison en 1986, soit 4 fois plus qu'en 1970. Le "homeschooling" est de plus en plus répandu aux États-Unis.

Les recherches effectuées ne précisent souvent pas si l'enseignement accordé est de niveau primaire ou secondaire. Il nous est impossible de nous prononcer quant à la transition de l'école à la maison vers l'école secondaire ou collégiale. Certes, dans les ressources en ligne (Internet), des contenus sont disponibles afin de soutenir l'apprenant dans ses démarches. Toutefois, nous émettons l'hypothèse que plus le jeune avance dans ses apprentissages dans les niveaux scolaires, plus le parent doit être spécialiste des disciplines à enseigner. Il ne faut pas oublier que l'enfant (ou l'adolescent) doit être en mesure de passer les épreuves ministérielles. Nous croyons que cela explique, en partie, pourquoi nous n'avons que très peu d'information pour le niveau secondaire.

Aux États-Unis, les jeunes désirant être admis au College se préparent des portfolios, des lettres de référence et des résultats d'examens de commissions scolaires. Près de 70% des "homeschoolers" poursuivent des études post-secondaires selon Home Education Research Institute (Lyman).
 
 

· Le profil de clientèle

La clientèle de parents recourant à l'école à la maison est très diversifiée. Celle-ci est constituée de parents provenant de différentes ethnies, de différentes classes socio-économiques et de différentes religions. Ces parents demeurent tant dans les villages, les villes, les banlieues ou mégapoles. Ce sont des familles traditionnelles, reconstituées ou monoparentales. Lyman mentionne que sur la totalité des personnes úuvrant dans l'éducation à domicile, 87.8 % des mères font le choix de demeurer avec leur enfant pour leur enseigner.

Les enseignants de profession qui font ce choix sont généralement en désaccord avec la profession et la bureaucratisation reliées à l'éducation. Lyman ajoute:

"They are parents who come to their decision to homeschool with a broader interest in learning-they have professional training in education, they have close friends or relatives who are educators, they read about education or child development, or they are involved with organizations that speak to the issue of childearing ".


Peu importe le profil du parent, une caractéristique commune les rassemble tous, c'est qu'ils ont une grande confiance en leur capacité d'assurer une éducation à leur enfant.

Everhart et Harper mentionnent qu'un des intérêts de l'école à la maison est de combiner et d'optimiser les compétences de plusieurs parents ensemble afin de donner des expertises différentes à leur enfant, et ce, à tour de rôle. Les parents deviennent des experts dans différentes disciplines, telles les arts, la musique, l'éducation physique et autres.
 
 

· Les contraintes et limites
 

La plus grosse contrainte est d'ordre financière. Le parent qui demeure à la maison pour éduquer son enfant ne peut travailler à temps plein. Certes, cela représente de gros sacrifices au niveau financier (Eberle, 1998). De plus, l'investissement au niveau matériel est considérable; toutefois, cela l'est moins que dans un grand nombre d'écoles privées.

De plus, il peut être parfois difficile de gérer son temps et ses énergies adéquatement. Il faut donc beaucoup d'autodiscipline et d'organisation pour s'assurer du bon déroulement de l'apprentissage de l'enfant (Welch & Short 1996-98 c).

Ces auteurs nous relatent également que les pressions sociales sont très fortes sur les parents qui prennent cette voie pour l'éducation de leur enfant. Ils précisent que cette décision doit être très bien éclairée et fondée.


 

· Les avantages

 
Les tâches réellement académiques peuvent être condensées en quelques heures le matin. Le reste de la journée peut être utilisé pour faire d'autres activités, telles des rencontres avec des enfants d'âges différents (Eberle).

Les activités régulières telles l'épicerie, aller magasiner ou voyager deviennent des contextes idéaux pour faire des mathématiques, de la géographie, analyser et traiter de l'information (ibid).

Les enfants apprennent à leur rythme, selon leurs intérêts, leurs forces et faiblesses, s'abstraient de la compétition et de la pression de la classe (Anonymous, 1998).

Les deux parents participent à la mission éducative de l'enfant (Boudreaux, 1998).

Les parents peuvent jouer avec la dimension du temps en fonction de leur vacances et des différentes activités qu'ils effectuent (Welch & Short, 1996-98d).


 

· Qu'en est-il de la socialisation

Une des premières objections à laquelle nous faisons face lorsque nous entamons une discussion avec des pairs quant à l'école à la maison, c'est l'inquiétude du développement des habiletés sociales de l'enfant. Certaines personnes ne peuvent concevoir les bienfaits de développer des liens très solides avec plusieurs adultes signifiants, de même que l'impact de l'implication sociale d'un enfant auprès de sa communauté. D'autres sont inquiets quant à l'absence d'un grand nombre d'enfants afin de jouer et d'interagir pendant de longues journées. Voici donc ce que des recherches en disent.

Dans la recension portant sur le phénomène de la socialisation, les recherches sont unanimes pour affirmer que le fait de demeurer à la maison afin de se faire éduquer n'est pas néfaste pour l'enfant. En effet, elles démontrent que les enfants ne sont, au minimum, pas moins performants socialement que les enfants fréquentant les école publiques. Toutefois, certaines recherches démontrent des bienfaits particuliers.

D'abord, Lyman relate que les enfants évoluant à l'école à la maison n'hésitent pas à aller vers les autres et collaborer dans le but d'élaborer des projets tels organiser un voyage de groupe et maintiennent de très bons contacts avec des personnes de même mentalité que leur famille. D'après les recherches effectuées par Richard Medlin (cité dans Lyman), il n'y a pas de différences comportementales et d'affirmation de soi évidentes entre un élève à la maison et celui d'une classe régulière. Les recherches de Sheyr vont dans le même sens (Bunday, 1995).

Toutefois, Shyer précise que lors d'un examen plus à fond, les "homeschoolers" démontraient moins de problèmes comportementaux lors des jeux d'équipe. Il émet l'hypothèse qu'un contact soutenu avec un adulte signifiant est plus important dans le développement des habiletés sociales que le contact régulier avec des enfants du même âge. Thomas Smedley a évalué le comportement social des jeunes, soit la communication, la socialisation et les interactions courantes. Les "homeschoolers" se plaçaient dans les 84 rang-centile, alors que les enfants des écoles traditionnelles, dans les 24 rang-centile (Bunday, 1995).

Selon R. A., les expériences dans les écoles à la maison concluent que les enfants qui évoluent dans un milieu de non-scolarisation s'épanouissent largement, mais à une condition précise; il faut que le milieu soit "un mode de vie qui soit l'incarnation d'un solide projet personnel dans un projet de société, c'est-à-dire imprégnant chacun des milles gestes quotidiens dans le domaine des rapports affectifs, sociaux, du travail, de la santé, des loisirs; bref de tout ce qui fait, ou défait, la joie de vivre". Il ajoute, quant à l'école ordinaire :

"S'il s'agissait par contre de permettre à un enfant de grandir, psychologiquement, affectivement, spirituellement, socialement, autant que physiquement et intellectuellement, en rencontrant des gens d'âges, cultures et milieux divers, exerçant des professions et des passions variées, il est évident que l'école ordinaire, en fait de socialisation, peut très vite se transformer en vrai ghetto : l'enfant n'y côtoie que des enfants de son âge, de son niveau et de sa catégorie sociale, sous la responsabilité de professionnels pas toujours très au fait de ce qui se passe en dehors. Et les informations sur la "vraie" vie risquent de ne lui être apportées que par les écrans cathodiques pendant ou en lieu et place des vrais repas, jeux, conversations, et sommeil."


Eberle conclut en mentionnant que les activités faites dans les écoles à la maison amènent les enfants à collaborer entre eux et entre les diverses familles, qu'on retrouve plus d'interactions entre les enfants, que la participation de l'élève est plus grande que dans les écoles traditionnelles.
 
 




· Les résultats scolaires

L'école à la maison ne peut s'abstraire à l'évaluation annuelle ministérielle. En effet, quelque soit le mode d'enseignement des parents, chaque enfant du Québec doit faire la preuve qu'il acquiert des connaissances et doit être en mesure de réussir les examens de la commission scolaire ou du Ministère de l'éducation. Mais qu'en est-il des résultats de ces enfants à la maison comparativement à ceux des écoles?

En France, R. A. relate que les résultats aux tests dépassent ceux des élèves à l'école traditionnelle. Lyman mentionne une recherche effectuée par Ray aux États-Unis. Les résultats révèlent que les scores des élèves à la maison se situent entre les 82 et 92 rang-centile. Boudreaux ajoute que ces résultats sont supérieurs de 35 points à la moyenne américaine.